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Mardi 21 Mai 2013         

Anniversaire de "La Presse" : Quand l’euphorie occulte un débat de fond

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Publié le Jeudi 17 Mars 2011 à 17:40
Par M’hamed Jaïbi

La réflexion publiée à le "Une” de "La Presse" par Hmida Ben Romdhane, à l’occasion du 75ème anniversaire de notre journal, invite au débat sur plus d’une question. Or, la place qu’occupe «La Presse» dans notre espace médiatique, ne manque pas de susciter des interrogations et questionnements essentiels méritant d’élargir une discussion qui, à mon sens, intéresse désormais l’ensemble du peuple tunisien.

Les moments de grâce ont toujours été, historiquement, de courts instants de relâche et de consensus donnant suite à de terribles reprises en main. Plus d’une fois, le journal «La Presse»  a vécu de tels moments de grâce qui ont, à chaque fois, et de nouveau, enfanté une reproduction du fait du prince sous la forme d’un monstre à une seule tête, celle d’un Etat totalitaire.

A l’heure où l’on songe à mette en place une instance nationale indépendante arbitrant la ligne éditoriale des médias publics, l’article publié par notre directeur remue diverses problématiques fondamentales.

La première en est l’indépendance et la liberté de ton qui, selon lui, seraient désormais acquises. Or, il s’agit là d’une problématique fort complexe qui pose des questions essentielles comme le rapport entre la rédaction et la direction du journal, entre la direction du journal et le propriétaire du journal, entre le Conseil d’administration de la société éditrice et les différents actionnaires, lesquels sont contrôlés par l’Etat.

La deuxième en est le cadre juridique dans lequel évolue, à ce jour, tout journal en Tunisie. Le Code de presse actuel exige pour chaque journal ou projet de journal qu’il soit fait mention des noms des membres du conseil d’administration de la personne morale qui l’édite ou se propose de l’éditer. Il prévoit, de plus, en son article 16 (nouveau) que «lorsque le périodique est publié par une personne morale, le directeur doit être choisi, selon le cas, parmi les membres du conseil d’administration ou du comité directeur». Sachant que (article 18 nouveau) «tout périodique doit faire connaitre au public les noms de ceux qui en ont la direction».

En fait, et comme le reconnait bien Hmida Ben Romdhane, notre journal «s’est toujours vu imposer une conduite docile aux pouvoirs en place, et à aucun moment (il) n’a pensé à se rebeller». Mais, ce qu’il a omis de préciser c’est qu’il ne saurait en être autrement, à moins d’un changement radical dans le statut même du journal, en termes de rapports de propriété, de gestion et de fonctionnement.

Car il n’est nullement rassurant de voir notre directeur croire en la disparition miraculeuse des ordres et instructions venant du pouvoir exécutif. Et s’il est vrai que la mission d’un journal est effectivement d’informer librement et le plus objectivement possible, il serait utopique de croire un seul instant qu’un journal dont la direction est nommée par ce pouvoir exécutif puisse se détourner durablement de la ligne et des desiderata du gouvernement.

Tout esprit critique ne peut s’empêcher de mettre en doute le «pouvoir de décision interne» dont jouirait «La Presse» depuis le 15 janvier 2011, selon Hmida Ben Romdhane. Même si, effectivement, les journalistes s’étaient appropriés, ce jour là, du pouvoir de décider seuls du contenu de leur journal. Un tel pouvoir de décision interne ne peut se concevoir en l’absence de structures légales opérationnelles qui garantiraient cela. Les seules structures décisionnelles en place actuellement étant le Conseil d’administration, qui nous échappe totalement, et le PDG dont la nomination n’est pas de notre ressort, sachant que le Comité de rédaction est tributaire de la nomination des chefs de service par les soins du directeur.

L’affirmation solennelle de notre directeur, comme quoi «ce pouvoir, nous l’avons et nous comptons le garder», ne résiste d’aucune façon à l’esprit critique de n’importe lequel d’entre nous, que dire de celui des lecteurs et de la nouvelle classe politique plurale et plurielle. Car il est seul à détenir ce pouvoir, et par le fait de sa nomination.

En fait, «La promotion de la liberté de la presse, de l’indépendance de la justice et du développement de la démocratie et de la tolérance» est un crédo que Hmida Ben Romdhane partage sans doute avec beaucoup d’entre les journalistes et les lecteurs de «La Presse», mais ce crédo est modulable en fonction de la ligne éditoriale et politique de chacun. Celle de Hmida Ben Romdhane étant, jusqu’à nouvel ordre, celle du gouvernement provisoire qui l’à nommé.
Tout cela laisse dubitatif sur l’affirmation selon laquelle, à l’avenir, notre journal «résistera fortement à toute tentative de dépossession de ses atouts fraichement acquis, de récupération ou de dévoiement». Car aucun acquis ne saurait s’inscrire dans la durée sans être bâti sur des données juridiques et institutionnelles.

Comme pour l’ensemble du pays, se pose ici un impératif de changement structurel. Pour le pays, cela prendra la forme d’un nouveau régime politique équilibrant les institutions représentatives républicaines, sur la base d’une nouvelle constitution. Pour le journal «La Presse» cela ne pourrait être acquis sans un nouveau statut et un nouveau fonctionnement conformes aux idéaux dont se réclame légitimement notre nouveau directeur. L’euphorie de la liberté retrouvée ne doit aucunement occulter l’amère réalité, structurelle, qui est celle de notre journal.

M.J.

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Commentaires 

 
0 #5 RE: Anniversaire de
Ecrit par el manchou     23-03-2011 13:13
mouldi mbarek se remet du choc du départ de zaba ?
 
 
0 #4 RE: Anniversaire de
Ecrit par Ahmed11     20-03-2011 00:20
..bon j' estime beaucoup Lotdi Ben Sassi et aussi les mots croises...pour le reste attendons voir , 2 mois de revolution la Presse a change' beaucoup..

Mais les anciennes photos de Zaba me hantent encore
 
 
0 #3 Un nouveau projet pour la Presse
Ecrit par salhi sghaier     18-03-2011 17:58
J'apprecie l'article, à moitié. S'il fait un bon diagnostic, lucide , il manque de perspectives. A mon avis les journalistes doivent présenter un projet pour le journal dont les grandes lignes sont :
1/Indépendace financiere donc structurelle du gouvernenment.Il y'a des fond et crédits pour cela , si necessaire
2/Etablir une ligne éditoriale
3/Mettre en place des organes et instance de gestion et de controle, administratifs et de redaction.

L'indépendance nessecite du travail .

Bon courage
 
 
0 #2 A qui appartient la Presse
Ecrit par Hammami     18-03-2011 09:49
D'un point de vue purement judiciaire, la situation de "La Presse" n'a pas encore été, paraît-il, clarifiée. Il appartiendrait encore aux héritiers de Henri Smadja (il paraît qu'il n'ena pas)et l'Etat qui se serait porté administrateur judiciare depuis 1967 a profité de la situation pour s'approprier le journal. Il est temps de légaliser la situation que ce soit en transformant la SNIPE en société anonyme côtée en bourse ou en société de personnes avec priorité aux journalistes.
 
 
0 #1 Questions Sincéres pour l'auteur.
Ecrit par Juste     18-03-2011 09:21
Tout d'abord merci pour la qualité de cet article, et meric d'avance de bien vouloir répondre à mes questions de néophyte.

1- Comment voyez-vous possible une ligne éditoriale indépendante pour un organe de presse du gouvernement ?

2- Est-il nécessaire dans une démocratie d'avoir des moyens d'informations destinés à l'intérieur du pays qui soient liés au gouvernement ?

3- Ne pensez-vous pas que quelque soit le propriétaire d'un média et quelque soit les rapports entre conseil d'administration et direction, ou entre direction et rédaction, etc ..., le propriétaire à (très fortement) tendance, in fine à en déterminer la ligne éditoriale ?

4- Ne pensez-vous pas qu'il est utopique de chercher à créer un journal ayant des sensibilités au gré de ses rédacteurs, donc sans ligne éditoriale, même assez large ou souple ?

5- Ne pensez-vous pas que la liberté de la presse ne peut être obtenue que par la diversité de la presse et non par la diversité au sein d'un même organe ?

6- La liberté de la presse, ne pouvant être que formelle sans le droit à l'information qui obligerait tout les détenteurs d'informations publiques à les partager, que font les journalistes pour exiger des lois qui garantissent le droit à l'information ?
 
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