Beji Caied Essebsi a annoncé officiellement la création du mouvement "Nidaa Tounes" (Appel de la Tunisie) dans un palais des congrès plein à craquer. Au cours de son discours, l'ancien premier ministre a déclaré que l'actuel gouvernement ne peut pas à lui seul sortir le pays de l'impasse.
Chaleureusement accueilli par les milliers de personnes présentes au Palais des congrès, Caid Essebsi a prononcé un discours durant lequel il a parlé des objectifs du parti et a envoyé plusieurs messages au gouvernement actuel. Mais avant cela, il est revenu sur les derniers évènements qui ont secoué le pays depuis le weekend dernier les qualifiant de terrifiants : « Des biens appartenant à l’Etat et des biens privés ont été attaqués, obligeant le gouvernement à décréter le couvre feu. Une décision qui a nui à l’économie et au tourisme. La raison de ces incidents serait l’atteinte aux symboles sacrés. Finalement, il s'est avéré que c'était un coup monté. Je voudrais profiter de l’occasion pour dire à ces gens qui détruisent, brûlent et veulent imposer leur façon de voir les choses, qu’ils ne sont pas les seuls concernés par notre religion. Ces gens se comportent comme s’ils représentent les musulmans alors qu’ils ne le sont pas. La Tunisie des cheikhs Ben Achour et Djaiet n’a pas besoin de ces gens ».
Suite aux débordements, plusieurs biens privés et étatiques ont été attaqués et saccagés. Caied Essebsi a qualifié la réaction des autorités de tardive face à la vague de violence qu’a connue le pays : « Il aurait fallu répondu à la violence par la violence dès le début. Ils ont compris un peu tard que c’est ce qu’il fallait ».
Les présidents de la république, de la constituante et le chef du gouvernement s’étaient réunis mardi soir et suite à cela un communiqué a été diffusé. Caied Essebsi n’a pas hésité à critiquer son contenu : « Afin de ne pas mettre en cause la crédibilité de l’Etat, il fallait s’assurer de la véracité de ce qui a été dit. Parce que dire qu’il y a eu atteinte aux symboles alors que le tableau en question est à Dakar touche à la crédibilité de l’Etat. Je sais que la Tunisie s’appelait Afrique mais Dakar n’est pas notre capitale. Ils auraient pu s’excuser et dire qu’ils s’étaient trompés » a-t-il déclaré sur un ton ironique. Il a profité de l’occasion pour répondre au ministre des affaires étrangères, Rafik Abdessalam qui a déclaré il y a quelques temps qu’il est temps que l’ancien ministre se repose : « Celui qui a dit que j’ai 85 ans et qu’il fallait que je me repose ne connait même pas la capitale de la Turquie ! »
L’ex-premier ministre estime que le gouvernement actuel n’est pas en mesure de sortir le pays de l’impasse et que la deuxième période transitoire que connait le pays après la révolution est très délicate. Il a appelé le gouvernement à tendre sa main à tout le monde pour que le pays parvienne à sortir la tête de l’eau et à arrêter de dire que le premier gouvernement transitoire a laissé un lourd héritage : « Pour rappel, la révolution a été faite par les tous les Tunisiens et par aucun parti politique. Les jeunes qui ont participé au soulèvement n’appartenaient à aucun parti et n’était financé par le Golfe. Nous avons commencé à remettre la Tunisie sur les rails mais aujourd’hui nous sommes revenus à la case départ. J’ai l’impression que nous sommes revenus à l’ancien système du parti unique qui prend toutes les décisions. C’est un mauvais choix ! »
Lors de l’annonce du lancement du nouveau parti, Beji Caied Essebsi a estimé que son but était de réunir tout le monde pour l’intérêt du pays. Il a également insisté pour que l’article numéro un de l’ancienne constitution soit gardé : « La Tunisie est un pays arabe, musulman et républicain ! Un seul drapeau la représente et il n’est ni blanc ni noir » avant d’ajouter : « Il faut garder le code du statut personnel et appliquer la démocratie. Il ne faut plus qu’on entende parler des appels au meurtre ou à l’amputation. La Tunisie est dans une mauvaise passe, il ne faut pas se voiler la face. Les Tunisiens ne peuvent plus attendre. Le gouvernement a été élu pour une durée d’un an pour répondre aux exigences du peuple. Qu’-a-t-il fait jusque là? L’image du pays n’est plus bonne, le tourisme et l’économie vont mal ».
Applaudis à plusieurs reprises par la majorité des présents, Caied Essebsi a insisté sur le rôle important que joue l’Union Générale des Travailleurs Tunisiens (UGTT) dans la construction de la Tunisie de demain. Il a aussi ouvertement critiqué le ministre de l’agriculture pour les déclarations faites à propos de Bouguiba : « Il a critiqué Bourguiba ? Je l’ai fait aussi mais j’étais en face de lui à ce moment là. Notre ministre de l’agriculture a besoin de savoir que personne n’a fait ce qu’a fait Bourguiba ».
Taieb Baccouche s’est ensuite adressé aux journalistes au cours d’un point de presse auquel Caied Essebsi n’a pas assisté. Revenant sur la déclaration faite par ce dernier à propos de la mouvance dite salafiste, Baccouche estime que la Tunisie est en train de se diviser et que ces jeunes n’ont rien à voir avec les vrais salafistes : « Ce ne sont pas des salafistes. Ce sont des gens qui ne comprennent pas la religion. Nous respectons les personnes qui voudraient vivre comme le Salaf. Quant aux autres, nous leur disons que le Salaf n’était pas violent et ne brulait pas les biens d’autrui. Ils veulent à tout prix instaurer un califat et ceci n’est pas faisable de nos jours ».
Il a ensuite estimé que l’Assemblée constituante ne s’est pas conformée à la feuille de route signée avant les élections : « Il était prévu que ce gouvernement reste à la tête du pays pendant un an. Huit mois après l’élection de la constituante, il n’y a ni date officielle des prochaines élections, ni instance indépendante qui va s’en occuper. La Tunisien a besoin aujourd’hui d’être rassuré et il était prévu que le gouvernement soit constitué par des personnes compétentes mais ce ne fût pas le cas et le résultat est sous vos yeux! »
Interrogé sur les partis qui rejoindraient le mouvement, Baccouche a fait savoir que « l’appel de la Tunisie » est ouvert à tout le monde et que son objectif n’est pas de concurrencer Ennahdha mais de travailler ensemble pour l’intérêt du pays. Quant aux anciens membres du RCD, Baccouche estime qu’il n’est pas normal qu’ils soient tous exclus : « Ce sont des citoyens qui ont eu à un certain moment des cartes d’adhésion au RCD. L’exclusion est contraire à la loi. Celui qui a été jugé coupable doit être jugé mais celui qui n’a rien fait ne peut pas être exclu automatiquement ».
Baccouche a annoncé que le programme du nouveau parti sera dévoilé prochainement et qu’une demande officielle a été faite pour l’obtention du visa au cours de la semaine.
Plusieurs personnalités politiques ont assisté au meeting. Au premier rang, la présence de Mohamed Jegham, Ahmed Brahim, Khemaies Ksila, Kamel Morjen et Mongi Ellouze était fortement remarquée. L'hymne national a été chanté avant, pendant et après le discours de Caied Essebsi.
Entre temps, quelques dizaines de personnes étaient venues contester l'initiative de l'ancien premier ministre. Empêchés de rester devant le palais des congrès par les forces de l'ordre, les manifestants ont dû quitter les lieux après quelques altercations. Tenant un mégaphone, un certain "Recoba" aperçu souvent dans les manifestations des groupes dits salafistes, a crié : "Manifester pacifiquement est un droit". Les autres scandaient, quant à eux, "Essebsi dégage". Des banderoles où on pouvait lire : "RCD Out" "la Tunisie est libre" ont été brandies.
Anis Ben Othman
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Commentaires
Ecrit par SDF 21-06-2012 08:59
Bourguiba est mort et enterré. On a vu où ses idées sois-disant "d'avant garde" on mené le pays. Maintenant laissez faire les jeunes et ranger les marionettes au musée!
Ecrit par Khammous 19-06-2012 23:11
Ecrit par SDF 19-06-2012 20:18
Ecrit par Montygolikely 18-06-2012 14:58
Ecrit par logique 17-06-2012 19:56