Entre l’appel à la patrie des modernistes à Monastir, la position d’Ennahdha en faveur de l’article un de la constitution, et la colère des salafistes, ces derniers jours ont été pleins de rebondissements. Sur fond de surenchères autour de l’Islam, objet d’incompréhensions.
Samedi dernier, Béji Caïd Essebsi qui réunissait à Monastir les partis dits "progressistes" "modernistes", dans la perspective d’un grand parti centriste, contrepoids annoncé d’Ennahdha, ou plus précisément de la coalition tripartite au pouvoir, a plaidé pour un référendum populaire, si la discorde persiste autour de l’article premier de la constitution. La réponse d’Ennahdha ne s’est pas faite attendre, son chef s’est prononcé dès dimanche pour le maintien dudit article, et a officialisé la position de son parti, lundi, lors d’une conférence de presse.
Rached Ghannouchi a réitéré l’attachement de son mouvement au consensus, et a mis en garde contre la division de la société en deux clans, les anti et pro-chariaâ. Entre-temps, nos compatriotes salafistes ont encore une fois haussé le ton. Lors d’une manifestation dimanche à Tunis, ils ont revendiqué l’application de la chariaâ, et l’un de leurs leaders a tancé Ali Laârayedh, le mettant en garde contre une nouvelle dictature (voir l’article de Gnet à ce sujet).
Si l’on procède par syllogisme, les salafistes seraient donc contre la dictature, puisqu’ils craignent son retour. Ils adhéreraient, par conséquent, à l’idéal démocratique que la majorité des Tunisiens appelle de ses vœux. Si c’était le cas, ils seraient favorables à la diversité, à l’avis contraire et au dialogue, et s’inscriraient en faux contre la violence, sous toutes ses formes. Avec une telle attitude, ils auraient contribué aux côtés de leurs concitoyens à construire le ciment de l’édifice démocratique en devenir.
Cela ne semble pas, hélas, le cas, si l’on croit les agressions dont ils se sont rendus coupables, notamment dimanche contre les hommes de culture, largement relayées par la presse locale et internationale. Que faire pour éviter que ces séquences devenues récurrentes ne se reproduisent ? Il faut commencer par décréter la tolérance zéro devant de tels actes, ce qui induit une application stricte de la loi. Le recours à la violence, quelle qu’en soit sa provenance, doit être criminalisé. Et là, il faut voir aussi du côté des résidus du régime déchu, qui continuent à sévir et à s’infiltrer dans les différents milieux pour semer la zizanie. L’agression dont a été victime Lotfi Hajji, notre confrère d’al-jazeera, atteste que la méthode musclée n’épargne pas les milieux prônant la modernité et le progrès, qui compteraient des nostalgiques de l’ancien régime.
S’il y a une menace qui pèse sur notre fragile processus transitoire c’est donc cette propension, voire cette banalisation de la violence. Car, elle annihile l’espoir du vivre ensemble rêvé par tous, et fait planer de nouveau l’ombre de l’autoritarisme et de l’autocratie.
La Tunisie est aujourd’hui un pays libre, où tous les citoyens ont le droit d’exprimer leurs opinions, et d’afficher leur appartenance idéologique et politique, sans être étiquetés de "mécréants" ou d’"obscurantistes". On prend ces deux extrêmes qui plus est, sont devenus habituels dans les échanges d’invectives notamment sur Facebook, pour dire que l’espace de liberté est large et peut contenir tous les profils, pour peu qu’ils se respectent mutuellement, qu’ils se plient aux lois en vigueur et qu’ils soient regardants sur notre référentiel de valeurs commun.
Après le 14 janvier, les Tunisiens se sont affranchis et ont proscris à jamais toute forme de tutelle. Personne n’a le droit de contraindre l’autre d’adopter un quelconque prêt-à-penser, ou de suivre un modèle, bâti sur une certaine interprétation religieuse ou idéologique. A fortiori que la notion de contrainte est contraire aux principes mêmes de l’Islam, qui privilégie le libre-arbitre dans le choix du bien, ou du mal. Par ailleurs, personne ne détient la vérité, qui est, pour nous croyants, de l’ordre du divin.
L’Islam est la religion de la majorité écrasante des Tunisiens. Il n’y a pas lieu de surenchérir là-dessus. Il est vrai que notre sublime religion fait l’objet d’incompréhensions, déchaîne les passions, et nourrit les peurs, pour les nombreuses déviations dont elle a été victime dans différentes régions du monde. Il y a aujourd’hui un effort à faire d’explication et de vulgarisation de l'Islam, sur fond d’une réflexion et d’un dialogue dénués de toute instrumentalisation idéologique ou politique.
L’Islam gagnerait à être compris dans son sens le plus noble ; une religion qui prône la tolérance, l’amour de son prochain, la droiture, l’humilité, le respect de la valeur travail…Si la société tunisienne applique les vraies valeurs de l’Islam, elle sera débarrassée de plusieurs phénomènes qui l’ont minée des années durant, comme la corruption, l’injustice, et les inégalités sociales pour ne citer que celles-ci. L’Islam est encore plus profond que ses signes ostentatoires, c’est avant tout un code moral, et une manière de se conduire en société…et là, on en est encore loin de ses préceptes et enseignements.
H.J.
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Commentaires
Ecrit par lana 28-03-2012 11:17
le code moral parlons en.. quand les précepteurs de cette "moralité" et de cette façon de se conduire en société cesseront de se comporter comme des sauvages, en Tunisie et à l'étranger d'ailleurs (par exemple appels à la haine raciale, répression verbale et physique, intimidations diverses etc), la religion dans sa globalité gagnera en crédibilité à mon sens.
En second lieu, je me demande toujours pour quelle raison on Tunisie on en est toujours à polémiquer sur le même sujet alors qu'il y a tant de choses plus urgentes.
Personne n'enlèvera l'Islam aux tunisiens les plus croyants et pratiquants, mais nous sommes également nombreux à refuser de se voir retirer nos libertés individuelles. Je pense que c'est de là que vient le début de scission entre le peuple tunisien, que les anciens opprimés souhaitent imposer leur idéologie aux autres.
Ecrit par al07 28-03-2012 10:04
Pas plus et pas moins que les autres religions monothéiste !
Ecrit par Royaliste 28-03-2012 00:01
le rôle de l’État est de réduire le chômage et garantir des chances égales a tous les citoyens.
le gouvernement Jbéli essaie de camoufler son incompétence, son inefficacité et ses promesses électorales par des polémiques inutiles, comme voter article d'ailleur